ROCKIN IN MADAGASCAR

Date : Vendredi 25 mars 2005 @ 02:38:36 :: Sujet : Presses consacrées au rock




Didier MAURO

De l'Académie des Sciences d'Outre - Mer

Article paru dans Madagascar Magazine, n°29


ROCKING IN MADAGASCAR

Aspects sociologiques du Rock'n Roll malgache



HardRock-Mg

" Si l'art peut avoir un sens philosophique, il est souvent une réalisation esthétique dont l'originalité peut être une fin en soi "

Mireille Mialy Rakotomalala



. ROCK ET SOCIETE A MADAGASCAR


Lorsque l'on évoque les musiques de Madagascar, les genres les plus évoqués sont liés à lovan'drazana, l'Héritage ancestral, et il est légitime qu'il en soit ainsi : Sociologiquement, la majorité de la population (plus de 75%, selon les statistiques du Programme des Nations Unies pour le Développement) est rurale, et dans les villages se perpétuent des rythmes, des chants, des danses et des pratiques performatives ancrés dans l'histoire et dans l'imaginaire collectif. Hira Gasy, Vakon'drazana, Beko sont des genres célèbres et populaires dans toute l'île. Il s'agit de pop-art stricto censu : un art créé, représenté, et regardé par un public populaire. A Madagascar les champs sociaux de production d'oeuvres se situent davantage près des rizières et des raketa que dans les villes. Dans toutes les régions, la créativité villageoise est particulièrement intense, et de l'Androy à l'Imerina, du Betsileo au Boina, ce patrimoine malgache représente un trésor inestimable pour la musicologie ; trésor dont certains aspects sont évoqués avec finesse dans l'ouvrage de Mireille Mialy Rakotomalala Madagascar, la musique dans l'Histoire, publié début 2003. Le valiha, la kabaosy, et la sôdina sont des instruments endogènes connus internationalement, tandis que les mpihira gasy perpétuent depuis cinq siècles un art sacré, un opéra-théâtre populaire, qui a adopté des instruments venus d'Europe au début du XIXe siècle en même temps que les uniformes, armes, et fanfares importées d'Angleterre pour équiper l'armée du roi Radama : Violons, tambours et trompettes ont été intégrés à la même époque par les Mpihiran'ny Andriana ancêtres des mpihira gasy.


Dans un pays qui perpétue son identité et son patrimoine tout en faisant des emprunts créatifs à d'autres cultures, il n'est pas étonnant que des rythmes et des genres musicaux mondialisés par les médias et principalement par les radios- tels que le Funk et le Rock atteignent ici aussi un public et génèrent des créations locales, en langue malgache. Comme l'analyse Mireille Mialy Rakotomalala : " En général, les Malgaches recherchent l'universel lorsqu'ils essaient d'adapter les musiques ou les instruments de musique étrangers aux leurs " (Rakotomalala : 2003). Il n'est pas étonnant, non plus, que les instruments spécifiques au Rock " guitare solo, guitare basse, batterie, synthétiseur, etc.- aient attiré des jeunes de la Grande île. Le Rock s'inscrit dans l'ensemble défini par les musicologues comme celui des " musiques de variétés ". Qu'en est-il à Madagascar ? Selon Victor Randrianary : " Avec une diversité de courants et de style, c'est le domaine le plus connu. Hormis les textes en malgache, on peut y entendre des formes musicales, des expressions vocales, des arrangements musicaux, bref, une esthétique copiée sur les modèles occidentaux " (Randaianary : 2001). L'élément identitaire essentiel, le vecteur créatif fondamental serait donc lié au choix linguistique de l'expression en langue malagasy, ce qui rejoint les thèses défendue avec constance par l'ancien ministre de la Culture Tsilavina Ralaindimby et aussi par la grande majorité des universitaires malgaches.


En 1994, nous avons découvert le Rock malgache en menant une enquête de terrain dans les quartiers de la capitale : A Mahamasina avaratra, notre rencontre avec le groupe Dillie s'est prolongé par des échanges entretenus au fil des années, et par une inévitable amitié. Il faut dire Tarika Dillie avait de quoi nous intéresser, puisque qu'un groupe de gracieuses jeunes femmes vêtues de cuir noir interprétaient en langue malgache des textes subtils sur un rythme Hard - Rock bien soutenu. Or le Rock fait partie de notre culture depuis que, lycéen, à la fin des sixtees, nos années de collège se déroulaient à l'écoute des chansons rebelles et des tempos syncopés des Rolling Stones. Les oeuvres After Maths, Satisfaction, Sympathy for the Devil, etc. accompagnaient alors les heures extra-scolaires d'une joyeuse bande très internationale.


Mais quel sens social prend le Rock dans un pays du Tiers-Monde ? Dans un pays majoritairement rural, comment comprendre l'implantation du Rock ? Mais, qu'est-ce que le Rock ? Selon la définition qu'en donne le Dictionnaire Larousse, il s'agit d'une " Musique de danse très populaire, à prédominance vocale, née aux Etats Unies vers 1954, issue du jazz, du blues, et du rythm and blues noirs et empruntant des éléments au folklore rural, caractérisé par un rythme très appuyé sur le deuxième et le quatrième temps et une utilisation systématique de la guitare électrique et de la batterie " (Larousse : 1995). Le nom de ce genre est lié à deux verbes anglais : to rock qui signifie se balancer, et to roll qui signifie rouler. Selon le résumé qu'en fait le rocker Little Bob de retour d'une tournée à Madagascar, dans le film Paris des Océans, le Rock a une filiation avec le Blues, le Jazz, et au bout du compte l'héritage africain des créations de la communauté afro-américaine des U.S.A. Il entretient aussi des passerelles avec le Funk, créé dans le même contexte socio-culturel, dans les quartiers Black des villes, aux U.S.A. Ces données permettent de comprendre la " passerelle " esthétique et sociale entre cet ensemble de genres musicaux liés par leurs racines à l'Afrique d'une part, et les oeuvres malgaches fondées sur le Tsapiky ou le Kwassa-Kwassa d'autre part (ce dernier diffusé dans toute la diaspora Black et dans le monde entier depuis le bassin du Congo durant les eux dernières décennies du XXe siècle).


Le Rock, tout comme le Kwassa-Kwassa, connaît une diffusion internationale. Une esquisse schématique des publics du rock dans le monde fait apparaître la diversité de ses publics. Venu des U.S.A. et d'Angleterre, ce genre a atteint toute l'Europe, l'Asie et l'Amérique latine. En Afrique son influence est moindre que sur les autres continents. Sociologiquement, le Rock fait partie du capital culturel de très vastes ensembles de populations appartenant à toutes les classes sociales d'Europe et des U.S.A. En Asie et en Amérique latine, le Rock restreint son influence aux habitus de populations essentiellement urbaines, appartenant aux classes dominantes. En Afrique, l'impact du Rock est encore plus marginal et représente un phénomène de distinction de certaines élites. En dehors des pays industrialisés - dans la routine des pays dits développés observant de loin le malheur et l'enfer des autres comme l'écrit Philippe Sollers (Sollers : 2002)- , le Rock se caractérise comme un art urbain. Mais qu'en est-il du Rock à Madagascar ? Pour comprendre l'impact du Rock'n Roll dans la grande île ainsi que ses évolutions locales, nous avons sollicité nos amies du groupe Dillie, qui ont transmis nos questions à M.Ramasinony Herisoa Bayard, à qui nous devons l'essentiel de ce que nous avons appris, et qui demeure notre principal informateur.



. EVOLUTIONS HISTORIQUES DU ROCK A MADAGASCAR


- Quelle a été l'évolution historique du Rock à Madagascar ? A votre connaissance, quelles sont les origines historiques du Rock ? Comment ce genre se perpétue-t-il et se transmet-t-il ? Qui sont, selon vous, les principaux groupes des six régions ? Telles sont certaines des questions auxquelles a répondu notre principal informateur, M. Ramasinony Herisoa Bayard. Selon lui, à la fin des années Cinquante et au tout au début des sixtees, des ensembles de variétés faisant des représentations sur scène appelées " galas de chants " ont constitué un répertoire dans lequel ils interprétaient parfois des oeuvres traduites en malgaches (telles que La Paloma) et aussi des chansons de Tino Rossi, de Dalida, etc. Certains de ces groupes intégrèrent progressivement des morceaux Rock des " pionniers du rock mondial " tels que Bill Halley, Gene Vincent, ou Elvis Presley. Mais selon M. Ramasinony Herisoa Bayard, il n'y avait pas de groupes créant un Rock spécifiquement malgache au début des sixtees, la première chanson Rock qui fit date (et reste une référence depuis 1960), est Bao une composition du groupe Ny Railovy. La relation avec l'Héritage culturel (lovan'drazana) est présente dans l'identité même du groupe, puisqu'il se réfère au nom du Roi des oiseaux, selon un conte malgache. Comme l'explique M. Ramasinony Herisoa Bayard : " Bao est le nom d'une jeune fille représentative de l'identité malgache, et dont la beauté est faite de la synthèse des beautés de six jeunes filles représentant les six provinces, lors du concours pour l'élection de Miss Madagascar en 1960 ". Après une parenthèse, ce groupe s'est reformé à la fin du XX siècle.


Au début des années 60, le Rock était surtout considéré comme une musique de danse, interprétée à l'occasion de bals et de surprise-parties ; mais son impact auprès des chanteurs, des musiciens et du public était marginal comparé aux genres musicaux traditionnels, ou aux variétés malgaches fondées sur des rythmes locaux. Les auteurs, les compositeurs, et les interprètes s'inspiraient alors des rythmes étrangers à la mode (Cha-cha-cha, Charleston, Tango, Valse, Paso-doble, etc.). Au début des seventees, des groupes malgaches spécifiquement orientés vers le rock et la pop - music ont été constitués. Et tout comme les chanteurs européens anglicisaient leurs noms (tels que les français Dick Rivers et Eddy Mitchell ou le belge Jean Philippe Smet devenant Johnny Halliday), ces groupes prirent des noms anglais. Les plus célèbres furent, selon notre informateur : The Black Jacks, The Pumpkins, The Sparklings Rivers, The Down Beats. D'après M. Ramasinony Herisoa Bayard : " Ils lancèrent le mouvement Rock. Mais aucun de ces groupes n'était totalement professionnel. Ils ne se sont pas totalement investis dans le Rock, parce que pour gagner sa vie, à l'époque, un groupe musical devait surtout animer des bals. " Ce mouvement rock a d'abord concerné Antananarivo avant de rayonner dans les provinces. Comme presque partout dans le monde, pour se faire connaître un groupe rock de province doit effectuer un passage obligé par la capitale et s'y implanter comme le firent Les Frères Marc (groupe fondé par Marc Justin et Marc Sylvin), chanteurs-interprètes de rythm and blues, de Toamasina, et dont la carrière s'est poursuivie jusqu'à une échelle internationale. Il en fut de même pour le groupe J. Samy J. originaire de Fianarantsoa. Selon M. Ramasinony Herisoa Bayard : " Le mouvement rock a suivi son cours tranquille jusqu'à la fin des années 70. Le véritable envol du mouvement rock a eu lieu, début 1980, avec le groupe mythique Doc Holliday, venu de la ville de Toliara. Tous les membres de ce groupe sont venus s'installer à Antananarivo pour suivre leurs études à l'Université, ce qui leur a permis de connaître notoriété et consécration ". Nombre de rockers malgaches estiment que le succès de Doc Holliday a suscité la création de nombreux groupes exclusivement consacrés au rock à partir de 1983. Parmi ceux-ci se distinguent Tselatra (" éclair "), Balafomanga (" Missile "), Iraibilanja (" un Franc malgache "). Ces groupes composaient et interprétaient des oeuvres se référant au Rockabilly, au Hard Rock, et à des artistes tels que Deep Purple, Led Zeppelin, Ac./Dc.


Mais, d'après notre informateur : " Malheureusement, le public ne suit pas et la plupart de ces véritables groupes rock étaient condamnés - soit à disparaître comme Doc Holliday - soit ou procéder à un virage à 180° pour se transformer en artistes de variétés comme le fit Iraimbilanja ". A la fin des années Quatre - vingt et au début des années Quatre vingt-dix, d'autres groupes ont été constitués. Les plus populaires (tels que les groupes Apost, Green, Kiaka, Mage 4, Rockers) sont ceux qui interprètent des slow langoureux ce qui leur vaut les critiques des rockers puristes. Ces derniers, à partir de 1985, se réfèrent aux différentes tendances du Hard Rock : Black Metal, Death Metal, Hard-Cove, Heavy Metal, Neo Metal, Trash Metal, etc. M. Ramasinony Herisoa Bayard commente que : " Les groupes chantent en anglais ou en malgache mais jamais en français avec une seule exception : le groupe Beetle Juice qui chante en anglais, en malgache et en français. . A partir de 1990, le mouvement Hard Rock a connu une certaine popularité auprès du public, notamment avec les groupes Kazar, Lokomotiva, et Men Out. Inspirés par l'expérience de ces " pionniers du hard rock à Madagascar ", des dizaines de groupes rock se ensuite constitués Les plus célèbres furent : Holocaust, Hemirah, Pharaons, Red Metal, Black Wizards, Trio Railways, Savagemetal, Orthodox, Cherokees, Saùaritans, abat-War, Martz, Ultra, Sahaedena, Sweety Punk. Leurs sources d'inspiration viennent dee groupes américains et européens tels que : Jimi Hendrix, Led Zeppelin, Deep Purple, Metallica, Tatriani, Rage Against the Machine, Black Sabbath, Mamsteen, et Van Halen. Cependant, selon notre informateur : " Le grand public n'arrive pas toujours à suivre car il ne comprend pas cette musique trop dure, qui assomme les oreilles. Pourtant, les textes des chansons sont variés, à la portée de tout le monde, avec pour l'essentiel des textes écrits en anglais. Côté musical, le Hard Rock est une réussite mais côté financier, c'est un échec. Personne n'achète les disques et cassettes des hardrockers. Leurs concerts n'attirent pas beaucoup de monde ".



. MALAGASY, GIRLS, AND ROCKERS : LE GROUPE DILLIE


Dans ce contexte s'est constitué un groupe atypique, Dillie, dont les membres sont exclusivement féminins. Cette innovation suscita une certaine surprise auprès du public des rockers. Des groupes féminins existaient déjà à Madagascar, notamment pour les variétés ; mais un groupe de jeunes filles intégrant le microcosme du rock était, selon les fondatrices du groupe : " Presque incroyable pour les Malgaches ". Les groupes de rock 'n roll féminins, déjà rares dans les pays industrialisés, ils le sont encore plus dans les pays du Tiers-Monde de l'hémisphère Sud. A Madagascar, Dillie est unique. C'est le premier (et l'unique) groupe de rock malgache et africain uniquement féminin. Cet effet de surprise et de rupture avec les modèles dominants bénéficia au groupe : A la différence des groupes masculins, Dillie connut un succès rapide, un public nombreux, tandis que ses chansons telles que Kalesy, largement diffusées dans tout le pays par la Radio Nationale Malgache, étaient reprises même par les groupes de variétés et les mpihira gasy. Il convient de préciser que le texte de cette chanson évoque des situations quotidiennes des quartiers populaires, et des contextes sociaux connus dans toutes les villes du pays. Le groupe a été fondé en 1990 par Andry, Annick, Hely et Sandy dans le quartier historique de Mahamasina, à Antananarivo. Comme d'autres arts, le Rock se transmet le plus souvent, à Madagascar, par le lignage, la famille : Un rocker transmet son goût et son savoir à ses enfants. C'est le cas du père d'Annick Herimalala, qui est chanteur de Rock. Il a aussi transmis sa passion pour le Rock à son fils, qui anime le groupe Men Out .


Dillie est devenu le premier groupe de rock féminin de la grande île. Ses membres écrivent les textes et composaient les musiques et arrangements d'une vingtaine d'oeuvres originales, chantées en malgache. Le groupe interprète aussi des classiques mondiaux du rock'n roll (Beatles, Rolling Stones, Cranberries, etc.). Ses spectacles ont été présentés sur les scènes les plus prestigieuses de Madagascar. En octobre 1999, après cinq années de carrière musicale à Madagascar, le groupe a décidé de tenter une carrière internationale en s'installant à Paris afin, selon Annick Herimalala de "Nous confronter à d'autres groupes de rock, nous perfectionner par ces rencontres, et créer des contacts enrichissants sur le plan musical ". Ce projet put être réalisé grâce à l'enthousiasme de M. Pierre Le Boul, alors en poste au Service de Coopération et d'Action Culturelle de l'Ambassade de France à Antananarivo. Depuis leur arrivée en France, les membres du groupe travaillent, avec un courage certain, comme salariées, en des domaines bien lointain de la musique, et aussi, étudient la musicologie à l'université. Avec constance et perfectionnisme, nous l'avons constaté, Annick (chant lead et guitare), Hely (guitare solo et choriste), et Sandy (batterie et choriste), consacrent plusieurs heures par jour au chant et à leur instrument, et se retrouvent chaque semaine pour répéter en compagnie d'un nouveau venu, Andry (guitare solo et choriste), ce qui montre que le caractère féminin du groupe ne procède pas d'un dogmatisme clos ! Les spectacles se poursuivent : depuis son installation en Europe, Dillie s'est produit sur des scènes franciliennes (Abracada'bar, Gibus, Utopia, Fête de l'Humanité, Caveau des artistes, etc.). Le groupe bénéficie aussi du soutien dynamique d'un manager bénévole, M. Georges Agier, qui assure sa promotion et l'aide à organiser concerts et relations publiques.

Le répertoire de Dillie est principalement constitué d'oeuvres chantées en malagasy. Pourquoi du rock en langue malgache ? Comme nous l'ont expliqué Annick, Hely, et Sandy, toutes trois " Pensent, rêvent, écrivent, parlent en langue malgache "


Lors de nos entretiens, Annick, Hely, et Sandy nous ont exposé leurs projets :
- Se perfectionner ; - Se professionnaliser ; - Editer plusieurs CD avec le concours d'éditeurs, de producteurs, et de distributeurs ; - faire des tournées internationales ; - Intégrer les champs de ce que l'on appelle le " show-biz " international. " Et aussi faire des bébés, voyager. Mais à la question : " Et ensuite, comment voyez-vous l'avenir ? ", la réponse des jeunes femmes, à cette même question posée de façon individuelle et sans concertation possible entre elles, est unanime et il est possible de la synthétiser en ces termes : " Notre départ est temporaire ; notre avenir est dans notre patrie à Madagascar, c'est là que nous voulons finir nos jours quoi qu'il arrive ".



En cela la majorité sociologique, car presque tous les Malgaches " Pensent, rêvent, écrivent, parlent en langue malgache ", et si le pays est classé comme francophone, les statistiques le plus récentes montrent que la langue française est pratiquée par moins de 15% de la population, et principalement dans les élites urbaines, ceux que Pierre Boudieu définit comme les dominants, et par ce que, sociologiquement, l'on peut définir comme une bourgeoisie stricto sensu. Ainsi étant pensé, écrit, et chanté en langue malgache, le Rock peut être compris par les publics les plus larges. Selon Annick, " lorsque le Rock est chanté en langue malgache, le principal décalage culturel est lié aux tempos, aux rythmes, et aux tournures mélodiques, qui sont très exogènes et " exotiques " pour les adeptes des Tsapiky, Beko, Salégy, ou des chants du Hira Gasy .



LE PREMIER CD DE DILLIE : EFA ELA

1. Kalesy 2. Ny Finoanao 3. Efa ela 4. Raha mbola hiverina 5. Eo ianao 6. Boana malilo 7. Aze 8. Aleo aloha miaina 9. Mandehana (live) 10. Boana malilo (Live) 11. Efa ela (Bonus Track)




L'étude du répertoire de Dillie, permet d'apprécier du hard rock, des rocks au tempo assez beat, des slow-rock, et des morceaux atypiques inspirés des vakon'drazana (tels que l'excellent Boana Malilo). Le Rock a très souvent été rebelle. La douceur de leur look (même quand elles sont toutes vêtues de cuir noir orné de métal) n'empêche pas les jeunes femmes de Dillie d'être elles aussi des rebelles. Tout comme Jean-Jacques Goldmann avec qui elles ont noué des relations d'amitié à l'occasion de sa tournée à Madagascar, elles ont des idées précises sur le monde. Ainsi lors de nos entretiens, évoquant les grandes taxinomies selon lesquelles Madagascar est classé comme un " Pays Sous-Développé ", un " pays pauvre ", et parmi les " Pays les Moins Avancés ", Annick, Hely et Sandy contestent ces notions, estimant que " Madagascar n'est pas du tout pauvre, mais riche de la créativité et du courage de son peuple, de ses matières premières, de sa nature exceptionnelle ". Quant aux autres notions (" sous-développé ", " moins avancé "), les jeunes femmes s'interrogent, comme bien des scientifiques, sur la validité de ces concepts. Interrogations salutaires que nous partageons : Le modèle de " développement " destructeur de l'environnement planétaire et générateur de paupérisation et d'injustices proposé comme référence au-dessous duquel l'on est supposé être lorsque l'on est classé comme " sous-développé " et " moins avancé " ne devrait-il pas être radicalement remis en cause (comme le firent notamment l'agronome René Dumont et le sociologue Pierre Bourdieu). Un autre modèle, environnemental et social n'est-il pas envisageable, et ce, tout particulièrement à Madagascar ? Quand nous avons évoqué ces questions lors de travaux de terrain (en Imerina, dans le Boina, avec des pêcheurs Vezo, des riziculteurs Betsileo, des éleveurs de l'Androy), à peu près partout, les paysans qui constituent la majorité sociologique du pays ne se considèrent pas comme " pauvres " et en jugent pas que Gasikara soit ni " sous-développé ", ni " moins avancés ". Ils ironisent en disant " au dessous de quoi et moins que qui " ? D'une façon générale, ils considèrent au contraire que la pays est riche de par son peuple et ses ressources naturelles, son histoire, son héritage (lova). La question du développement est, pour les paysans la conséquence d'une mauvaise gestion depuis l'Indépendance et des dominations économiques et géopolitiques par les grandes puissances. Nos entretiens font apparaître une symbiose entre les jeunes rockeuses de la ville et les paysans malgaches : leurs points de vue se rejoignent.


Le groupe Dillie aborde les années 2000 Avec un premier CD et un projet de nouveau titre. En 2003, un documentaire de création leur est consacré. Et à longueur de mois, ces artistes travaillent les chants et les rythmes, les instruments et le jeu de scène, avec une persévérance qui rejoint celle de leurs consoeurs et confrères des villages de toutes les régions de Madagascar, qu'ils soient mpihira gasy, mpibeko ou mpanao vakon'drazana.



. LE ROCK MALGACHE AU DEBUT DU XXIe SIECLE


La volonté perfectionniste des fondatrices de Dillie est réaliste à plus d'un titre. Paradoxe apparent, leur éloignement leur permet de conforter leur position, à Madagascar, dans les champs de l'art, où la situation du rock est complexe au début du XXIe siècle. Selon M. Ramasinony Herisoa Bayard, actuellement : "Le bilan du mouvement rock est alarmant : presque tous les groupes pionniers sont en sommeil. Seul Kazar essaie de survivre. Il donne de temps en temps des concerts et enregistre des disques. En 2001, la chanson de ralliement des hard -rockers s'intitulait Apokalypsa. Son texte était tiré du nouveau testament" c'était une composition d'un membre de Kazar : Dominique Rabaraona. Les autres groupes de rock sont font peu d'enregistrements et peu de concerts ". Concernant les genres d'oeuvres rencontrant une large audience, selon notre informateur : " Les groupes qui interprètent des slows dont le thème principal est l'Amour font recette auprès du public. Cependant, plusieurs dizaines de groupes de rockers travaillent en silence et ne se montrent pas au public. Ils attendent leur heure. "



Les rockers seraient-ils des " héritiers " (au sens où l'entend Pierre Bourdieu dans un ouvrage intitulé en ces termes) ? Les informations recueillies nous permettent de constater plusieurs modes de transmission du rock, à Madagascar. M. Ramasinony Herisoa Bayard distingue cinq modes de transmission : 1) - Le lignage, la famille : un musicien, un artiste rocker transmet son goût à ses enfants 2) - Les émissions de rock sur les radios FM d'Antananarivo et des provinces, telles que l'émission Kotaba sur Alliance FM, l'émission Prise multiple (sur Radio Tana), ou Heavy Plus sur la station Fréquence plus Tana. 3) - L'association Stone Press qui rassemble les animateurs d'émissions rock et les journalistes responsables des rubriques rock dans la presse écrite ; 4)- Les rencontres entre camarades (au collège, au lycée, à l'université) ; 5)- L'influence de la presse étrangère vendue à Madagascar : Hard Rock Magazine, Hard And Heavy, rock Mag, Rock Sound etc. Par ailleurs, notre informateur est convaincu que la bonne entente, la solidarité entre groupes rock, et " la volonté et l'ambition de persister et de ne pas mourir des groupes rock " sont deux vecteurs de pérennisation de ce genre musical à Madagascar. D'après lui : " A Madagascar, un groupe rock ne meurt jamais. Si un groupe disparaît comme fut le cas du mythique Doc Holiday, son nom reste dans toutes les mémoires, et ses membres continuent à jouer avec d'autres groupes ". Cependant, en 2003, le clip du groupe Apost intitulé Fakam-panahy connaissait un certain succès lors de sa télédiffusion, tandis que Thierry Dekapy, le soliste du groupe, inspiré par Jimmy Hendrix, (et ancien des groupes Green et Red Metal , engagé dans les concerts de solidarité face au Kere, etc.), tout comme les jeunes femmes de Dillie, partait s'installer pour un temps en Europe.



. LE ROCK MALGACHE : UN ART URBAIN?


" La langue malgache est à sa manière un jardin secret, un trésor national"

Pierre Vérin



Sa diffusion historique internationale depuis l'Amérique et l'Angleterre jusqu'au reste de l'Europe, jusqu'à l'Asie et l'Amérique latine semblent faire du Rock un art essentiellement urbain " universel " dont le public " composé le plus souvent dans les couches de population jeunes- se situe, dans les pays industrialisés, aussi bien dans les classes privilégiées que chez les " dominés ". Art urbain, parce que partout dans le monde "pays industrialisés exceptés- le Rock n'a guère atteint les campagnes (sauf via les diffusions radiophoniques). Il se perpétue, se joue, s'écoute et se danse essentiellement en ville. Le Rock est souvent un art rebelle : - Rebelle pour les libertés et notamment sexuelles aux U.S.A. et en Europe durant les sixtees ; " Rebelle contre le totalitarisme dans le Chili fasciste du général Pinochet ; - Rebelle pour les Droits de l'Homme en l'U.R.S.S. et dans l'ex-bloc soviétique. Nombre d'éléments sémantiques des oeuvres Rock marquent le refus du conformisme et des dominations notamment symboliques : look vestimentaire, textes des chansons, positions sociales des groupes. Mais simultanément, le Rock peut être un élément d'intégration sociale et même de conformisme : Il est évident que l'on peut pratiquer des activités non répressives dans le cadre de la société donnée, par exemple dans le domaine de l'habillement et du déshabillage, dans l'attirail de la vie hot ou cool, du beatnick. Mais dans la société actuelle, ce genre de protestation devient facilement le véhicule de la stabilisation et même du conformisme, non seulement parce qu'il laisse intactes les racines du mal, mais aussi parce qu'il cautionne l'oppression générale en montrant qu'on peut exercer dans ses cadres les libertés personnelles (Marcuse : 1969). Le look cuir qui caractérise nombre de groupes est un élément de distinction, et un code sémantique lié à l'ensemble des habitus qui sous-tendent le capital culturel des artistes et du public .Le Rock malgache ne rend-il pas compte, ne reflète-il pas dans les textes des oeuvres certains aspects des champs sociaux urbains malgaches ? Selon Pierre Bourdieu : Les producteurs culturels détiennent un pouvoir spécifique, le pouvoir proprement symbolique de faire voir et de faire croire, de porter au jour, à l'état explicite, objectivé, des expériences plus ou moins confuses, floues, informulables, du monde naturel et du monde social, et par là, de les faire exister. (Bourdieu : 1987). Le Rock malgache apparaît comme pouvant être un révélateur du monde social, au sens où l'oreille attentive entendra à travers les chants des lectures de la vie sociopolitique et économique (Randrianary : 2001). Il mériterait que des recherches lui soient consacrées. Et certains groupes, tels que Dillie, seraient particulièrement intéressants à étudier dans leur environnement socio-culturel, dans leur relations au public du fait de la réflexivité engendrée par certains textes de leur répertoire. Par ailleurs, comme nous l'ont expliqué Annick, Hely et Sandy lors de nos entretiens de mai 2003, le fait que les membres du groupe rêvent en malgache, pensent en malgache, écrivent en malgache et finalement chantent en malgache fait sens sur le plan psychologique et social : La langue malagasy est l'une des structures identitaires essentielles partagée par toute la société. En dehors des élites, cet élément culturel fondamental doit être valorisé afin de susciter individuellement l'effet de miroir, et collectivement la valorisation du lovan'drazana. La fixation de certains dominants sur l'apprentissage des langues étrangères est sans aucun doute en rupture avec les préoccupations de la très grande majorité des populations qui, comme les membres de Dillie, rêvent, pensent, parlent en malagasy. L'attrait pour la mondialisation explique que l'on puisse être fasciné par la langue anglaise qui est devenue pratiquement une sorte d'Esperanto mondial, ou que l'on puisse faire une fixation francophone ; mais la prise en compte de l'identité linguistique et l'enrichissement de la langue malgache sont certainement, sur le plan linguistique, deux facteurs de développement rapide. En ce domaine aussi, la référence au Japon est fréquente, à Madagascar, en des termes proches de ceux employés par Mireille Mialy Rakotomalala : Le Japon est souvent cité comme un exemple culturel réussi à Madagascar car sa culture constitue le fondement et la dynamique de toutes ses démarches pour son développement social et économique (Rakotomalala : 2003). Or à la différence de nombre de rockers français, italiens ou espagnols, qui adoptent l'anglais, les rockers japonais, en très grande majorité, chantent dans leur langue nationale. Tout comme la langue vietnamienne au Viet Nam ou l'Indonésien dans l'archipel d'où vinrent les premiers malgaches, le Malagasy est un élément de structuration sociale, sur le plan psychologique, sociologique, et culturel. Chanter du Rock en malgache (et non en anglais comme la plupart des groupes du monde entier ou en français par distinction de type vazaha taratasy) est un vecteur de diffusion des oeuvres en direction de la majorité sociologique du pays, tout autant qu'un enrichissement du patrimoine collectif. Autre donnée importante : Les artistes de Dillie sont des femmes (et les femmes sont démographiquement majoritaires à Madagascar comme en bien d'autres pays du monde). L'analyse du vécu des membres du groupe permet de comprendre la détermination de ces jeunes rockeuses pour résister aux dominations, notamment symboliques, qui sous-tendent le rôle attribué aux femmes dans toutes les sociétés. Enfin, la créativité musicale et l'intérêt, l'intelligence des textes donnent au Rock malgache (et tout particulièrement à celui de Dillie) un attrait particulier pour la musicologie et la sociologie, même si l'on n'est pas un rocker enthousiaste comme l'est l'auteur du présent texte !


D.M.



. Pistes de lecture et ouvrages cités


Pierre Bourdieu, Choses dites, Paris, Editions de Minuit, 1987.


Dictionnaire Le Petit Larousse, Paris, éditions Larousse, 1995.


Ingela Edkvist, The performance of tradition, Uppsala, A.U.P., 1997


Herbert Marcuse, Eros et civilisation, Paris, Editons de Minuit, 1969.


Didier Mauro, Madagascar, l'opéra du peuple, anthropologie d'un fait social total : l'art Hira Gasy entre tradition et rébellion, Paris, Editions Karthala, 2001.


Didier Mauro & Emeline Raholiarisoa, Madagascar parole d'ancêtre Merina, Fontenay sous Bois, Editions Anako, 2000 (avec un CD).


Victor Randrianary, Madagascar, les chants d'une île parole d'ancêtre Merina, Arles, Editions Actes Sud, 2001 (avec un CD).


Mireille Mialy Rakotomalala, Madagascar, la musique dans l'Histoire, Fontenay sous Bois, Editions Anako, 2003.


Philippe Sollers, L'étoile des amants, Paris, éditions Gallimard, 2002.


Pierre Vérin, Madagascar, Paris, Editions Karthala, 2000.


Bill Wyman, Rolling with the Stones, Paris, Hachette, 2002.




. LES PRINCIPAUX GROUPES DE ROCK A MADAGASCAR


Nous avons demandé à notre principal informateur, M.Ramasinony Herisoa Bayard, quels étaient les groupes de Rock ayant contribué à populariser ce genre musical à Madagascar. Ayant la modestie de ne pas citer Dillie, qu'il a contribué à fonder, M. M.Ramasinony Herisoa Bayard nous a présenté un ensemble de groupes reflétant les tendances et évolutions du rock malgache depuis ses origines.



NOMS DES GROUPES


REPERES.DATES


INFORMATIONS


IMPLANTATION


The Black Jacks


Fondé en 1962. Toujours actif au XXIe siècle.


Groupe de Rock et de variétés, très créatif pour ses compositions et dynamique en concerts.


Antananarivo


The Pumpkins


Fondé en 1970


Ce groupe Pop a évolué vers le Rock en s'inspirant des Beatles. Le groupe n'existe plus en 2001, seul son leader essaie de faire un come-back.


Antananarivo


Marc Justin et Marc Sylvain

Fondé en 1970


Orienté vers le rhythm and blues, le groupe a émigré à l'île de la Réunion puis en France .


Toamasina


J. Samy. J.

Fondé en 1974


Groupe inspiré par les Beatles et les Rolling Stones, avec une coloration traditionnelle Malagasy. Le groupe n'existe plus aujourd'hui..


Fianarantsoa


Doc Holliday

Fondé en 1980


Ce groupe rock s'inspirait à des débuts des Rolling Stones, puis a été influencé plus tard par d'autres groupes anglais et américains, mettant beaucoup de nuances de Blues et touche de musique traditionnelle du Sud de Gasikara dans ses compositions.


Doc Holliday n'existe plus aujourd'hui mais c'est, selon notre informateur : Peut-être, le plus grand groupe Rock de tous les temps à Madagascar .


Toliara


Tselatra

Fondé en 1983


Selon M. Ramasinony Herisoa Bayard, Tselatra a suivi le chemin tracé par Doc Holliday puis s'est beaucoup inspiré d'AC/DC . Le groupe n'existe plus au XXIe siècle, mais son leader Eric, Tselatra, continue son oeuvre de rocker.


Antananarivo


Balafomanga

Fondé en 1983


Ce groupe a adopté le Rockabilly avec des danses de Rock acrobatique.


Antananarivo


Iraimbilanja

Fondé en 1983


D'abord exclusivement rock à ses débuts, le groupe a glissé vers les variétés.


Antananarivo


Lokomotiva

Fondé en 1983


Lokomotiva est inspiré par les groupes anglais et américains de Hard Rock des heightees. Ce groupe a introduit le Hard Rock à Madagascar.


Antananarivo


Kazar

Fondé en 1983


Kazar a lancé le Hard Rock à Madagascar, et en particulier la tendance dite trash métal en s'inspirant beaucoup du groupe Metallica. Kazar est constitué d'un trio de musiciens dont, selon M. Ramasinony Herisoa Bayard: La technique est au-dessus de la moyenne et disposant d'un musicien (bassiste et chanteur) auteur-compositeur de génie en son sein . Kazar, tout comme Doc Holliday, a connus les ferveurs du public dès ses débuts.


Antananarivo


Hemirah

Fondé en 1989


Groupe de techno-thrash constitué d'un trio de musiciens : Andry à la guitare solo, Hasina à la batterie et Eric Daveson à la basse et au chant. Influences : Coroner, Viking, Mekong delta


Antananarivo


Men Out

Fondé en 1989


Après Kazar, ce groupe de Heavy Metal a influencé tous les rockers adoptant cette tendance dans les années 90.


Antananarivo


Martz

Fondé en 1990


Inspiré par Metallica, selon notre informateur, ce groupe de trash est le plus populaire après Kazar.


Antananarivo


Red Metal

Fondé en 1992


Ce groupe de trash metal a évolué vers un Rock atypique. Selon M. Ramasinony Herisoa Bayard:: Ses textes un peu naïfs sont en général une attaque contre la société et le régime en place ; le groupe connaît une certaine côte d'amour auprès du public .


Antananarivo


The Samaritans

Fondé en 1992


Ce groupe de death metal underground a un public marginal. Selon notre informateur : Ils sont complètement ignorés du public pour être restés fidèles au genre musical qu'ils ont adopté et qu'ils défendent .


Antananarivo


Sweety Punk

Fondé en 1998


Un groupe de tendance punk apprécié du public rock pour la créativité de ses compositions.


Antananarivo


Rheg

Fondé en 1999


Ce groupe de Hard Rock, a un lead-vocal dynamique dont le jeu de scène swingue particulièrement. Selon M.Ramasinony Herisoa Bayard : Rheg est le groupe d'avenir du Rock à Madagascar, malgré des musiciens qui sont en train de se chercher techniquement.


Antananarivo







Google







Cet article provient de Hardrockmg.com
http://www.hardrockmg.com

L'URL pour cet article est :
http://www.hardrockmg.com/article.php?sid=116